Les bouffées d’angoisse au réveil, c’est parce que je dois tout me
rappeler.
Il faut que je me souvienne quel jour on est.
Où je suis.
Et ensuite, le plus dur : qui je suis…
Je suis celle qui a vécu ÇA, celle qui a fait tout ça, je suis celle-là…
Un jour quelqu’un m’a demandé « qu’est-ce qui provoque les
angoisses ? ».
Dans la liste, parmi tout le reste, il y avait principalement « Juste
penser à ma vie »
Parce que rien que ça, ça suffit…
Il y a ce qu’on m’a fait.
Et il y a ce que je fais depuis le début pour survivre.
Ça, c’est pas mal de s’en souvenir, en vrai. Pas si mal. Mais c’est le
combat, cette lutte de tous les jours.
Une lutte qui continue chaque matin, dès le réveil.
C’est pas normal d’avoir à lutter comme ça, je le sais et tout le monde le
sait.
On dit que je suis courageuse. J’ai l’impression que rien n’est moins vrai.
Je me lève chaque matin avec la peur au ventre, la peur de vivre et de
devoir me battre encore.
Et chaque matin, je me rappelle pourquoi je suis encore là.
Pour moi ça n’a rien d’héroïque parce que c’est de la survie.
Parce que, quand on est trop souvent proche de la mort, il y a comme un
déclic à l’intérieur, qui pousse pour continuer à vivre.
Parce que la vie veut être la vie et rien d’autre.
Il n’y a pas tellement de mystère ou de secret, il n’y a que ça : la
vie qui refuse l’éventualité de la mort, et qui te poussera à continuer de
vivre, quoiqu’il arrive.
Jusqu’à ce que tu sois trop épuisé pour te lever vraiment. Et même encore
là, c’est possible qu’elle pousse encore…
Alors je me réveille, et j’ai l’angoisse de devoir rester en vie malgré
tout ça.
L’angoisse d’avoir toutes ces choses à faire, et à refaire encore.
Et puis me souvenir de ce qui m’a faite telle que je suis et de ce qui fait
que je suis toujours là, toujours présente, un pied devant l’autre…